Le frère Jean-Pierre Schumacher, dernier survivant des moines de Tibhirine, continue de nous donner son témoignage. Il nous partage la rencontre avec une personne soufie, et sa découverte de leur vision commune face à la souffrance.

" Pour moi ce que je retiens surtout, c’est l’une des relations avec les soufis. Ça c’était merveilleux. On était privilégié là. C’était plus que de l’amitié. Alors, ça je peux te le raconter.

Je suis allé dans le bureau du secrétaire général, c’était un jeune d’une trentaine d’années, et l’on s’est mis à parler de religion.  (J’ai découvert que c’était un soufi.)

Au bout d’un certain temps, je me suis dit : « C’est curieux, ce dont il parle, ça ressemble beaucoup à ce que nous vivons en tant que moines.

Huile pressoir

 

Par exemple, la souffrance.

La souffrance, si vous la vivez bien, ça purifie le cœur.

Alors il a donné un exemple. Comme c’est un pays où il y a beaucoup d’olives.

Les olives elles passent d’abord sous une meule. Nous avions une huilerie. Elles sont écrasées. Ça broit de la souffrance. Après elles passent dans une presse. (Il fait le geste avec son point). C’est encore pire. Il sort une huile… (il fait le geste avec son pouce). C’est la meilleure huile qui sort au début,  comme ça. Et l’huile c’est un aliment, toujours sacré pour les musulmans.

Ça guérit, c’est un don particulier de Dieu.

Alors cette huile-là, elle est le fruit de la souffrance.

Les olives. On les écrase. La souffrance, c’est ça, si elle est bien vécue, elle purifie le cœur.

Ça c’est le mystère de la croix."