Jean-Pierre SCHUMACHER est le dernier des moines survivant de Tibhirine. En 1996, sept moines avaient été kidnappés puis tués, en Algérie. Frère Jean-Pierre et frère Amédée (ce dernier étant décédé) ont échappé à ce rapt. J’ai pu rencontrer Frère Jean-Pierre pour la première fois en septembre 2016, puis une deuxième fois en août 2017.

Portrait Frère Jean-Pierre

 

  • Ribat El Salam, lieu de rencontres dans un climat de tensions :

A Tibhirine, Christian de Chergé, prieur du monastère, a eu l'idée en 1979 de créer Le « Ribat-es-Salam », « Lien de la Paix ». Pendant la guerre d'Algérie, ce dernier avait lié une amitié profonde, avec Mohamed, musulman. Mohamed a donné sa vie pour sauver celle de Christian. Ce choix l’aura marqué à jamais. Il décidera alors de passer sa vie en Algérie et poursuivra cette amitié avec les musulmans, jusqu’à donner sa vie à son tour.

L'idée du « Ribat Es Salam » à Thibirine était de permettre de vivre une solidarité spirituelle avec les musulmans, à travers la prière et les partages. En octobre 1980, des membres de la confrérie musulmane des Alaouiyines, d’obédience soufie, se sont joint au Ribat. Ces rencontres ont permis de créer une grande communion entre les moines et les musulmans soufis. Christian de Chergé parlait d'« établir la communion en jouant avec les différences ».

Cette expérience illustre comment des hommes, comme ces moines et ces membres soufis, ont agi dans un contexte de crise et de tensions, pour se rassembler plutôt que de se déchirer.

Ils ont choisi de créer cet espace de manière régulière, consentie et organisée, afin d'enrichir et d'approfondir leurs liens. Une réunion du « Ribat Es Salam » devait avoir lieu le lendemain de l'enlèvement des moines. Christian étudiait un texte pour le Ribat au moment de son départ.

 

  • Pour frère Jean-Pierre, le rapt et la mort de ses frères, une démarche de pardon :

Quand j'interroge frère Jean-Pierre sur l'enlèvement et la mort de ses frères, il me répond avec beaucoup de sérénité et de paix. Ils s’étaient beaucoup préparés en communauté à cette possibilité d’enlèvement. J'ai alors découvert que leur choix de rester en Algérie, dans un climat de tensions extrêmes, était tourné vers l’Amour, vers l’Amitié et vers la Vie. Ce choix était bien différent du sacrifice que je m’étais imaginé. Il était bien plus fort que la mort.

 

Les paroles de Jean-Pierre, remplies d’une grande humilité et d'une intense profondeur donnent un témoignage essentiel pour comprendre une démarche de pardon. C’est pourquoi il est fondateur pour moi de commencer mon voyage en allant le revoir.