Bougie rouge

Alors pour la prière en commun, ils nous ont dit : « Alors nous allons prier en commun et en silence. »  Je me suis dit « Ça, ça me plait beaucoup. Ça rejoint beaucoup notre vocation monastique, prier en silence. »

On était assis dans une petite pièce, avec des sofas.

Au milieu une petite table ronde sur laquelle était posée une bougie rouge.

Et un moment donné, pour donner le signal de la prière, Christian disait : « Michel, allume la bougie. » Michel, c’était un des plus jeunes frères. Alors il allumait la bougie.

 Et la flamme signifie la présence de Dieu. En arabe, c’est « El Nour », « la lumière ».

C’est un des plus beaux noms de Dieu. La Lumière.

La mosquée toute neuve de Médéa,  qui a remplacé l’église et qui avait deux tours, (je crois qu’elle avait été faite sur le modèle de Médine),  elle s’appelait « Jma el Nour » « La mosquée de la lumière. »

Alors quand on allumait, on savait que Dieu était présent au milieu de nous, représenté par cette lumière. Tout le monde était en silence et se mettait en rapport avec Dieu silencieusement, et parlait à Dieu qui était dans son cœur. Que ce soit un musulman ou chrétien, il n’y a qu’un seul Dieu, un seul Dieu vivant, c’est Dieu.

Chacun était en relation avec lui, pendant une demi-heure. De temps en temps, l’animateur spirituel des musulmans disait à mi-voix « Allah akbar » « Dieu est le plus grand » pour relancer la prière, pour qu’on ne s’endorme pas. Et de prier ainsi ensemble, ça faisait creuser quelque chose en nous. Je me disais :

« Lui, il est musulman et on est ensemble devant le même Dieu.

Il n’y a qu’un seul Dieu vivant et il n’y a pas d’autre Dieu. » Ça c’était déjà quelque chose de profond.

Ensuite à la fin de la prière, les personnes qui le désiraient pouvaient exprimer devant les autres ce qu’elles avaient vécu pendant les 6 mois depuis la réunion précédente au terme de laquelle on s’était donné une parole divine qui pouvait être de la tradition musulmane ou de la tradition chrétienne. Et sur cette parole, on devait tâcher de vivre en présence de Dieu dans notre vie habituelle, dans notre milieu habituel, qu’on soit cordonnier, plombier, éducateur, médecin, dans notre vie quotidienne, une relation avec Dieu qui était orientée par cette parole qu’on s’était donnée ensemble. On devait vivre de cette même parole.

Et alors à la fin de notre temps de silence, ceux qui le voulaient, pouvaient dire ce qu’ils avaient vécu ainsi avec Dieu, en utilisant cette parole.

Alors sans l’avoir cherché, ça permettait à ceux qui écoutaient, de découvrir ce que vivait en profondeur l’autre, qui avait vécu cette parole, dans sa relation avec Dieu. On découvrait la relation profonde de la personne avec Dieu. Et c’est à ce niveau-là qu’on se rejoignait. On découvrait ce que l’autre vit en profondeur. Et on se disait : « Mais c’est comme nous… »

Si bien qu’un jour, l’animateur spirituel nous a posé la question que j’ai dite tout à l’heure : « Si on continue comme ça, où est-ce que ça va nous mener ? » Alors moi j’ai réfléchi personnellement sur cette question-là parce qu’on n’a pas donné de réponse directement, mais chacun pouvait y penser. Alors moi, j’ai pensé :

« Où est-ce que ça va nous mener, si en continuant de part et d’autre, en essayant de vivre à partir d’une parole de Dieu, vivre cette Parole, dans notre relation avec Dieu et d’être stimulée par elle, où ça nous mène ? »

Ça nous rend obéissant à Dieu et ça forme l’esprit filial en nous. L’Esprit de fils.

On vit une relation filiale à Dieu. On découvre ça chez l’autre aussi.

Et où est-ce que ça nous mène ? C’est le travail de l’Esprit Saint à partir de la Parole divine. Il travaille l’Esprit Saint en nous. Et qu’est-ce qu’il fait l’Esprit Saint ?

Quand il travaille dans un cœur, il ne peut pas faire autre chose que de former des enfants de Dieu, les rendre plus semblables, plus obéissants à Dieu. Vivons de mieux en mieux de son Esprit. Il fait de nous des Enfants de Dieu.

Voilà le niveau profond, d’après ce que je pense hein, auquel nous nous formons ensemble. Devenir des Enfants de Dieu. De quelque religion qu’on soit. On apprend à devenir des Enfants de Dieu en écoutant sa Parole, en lui obéissant, en cherchant à lui faire plaisir.