L'archevêque Christobal, nommé depuis décembre 2017 par le pape, archevêque à Rabat au Maroc, m'a beaucoup marquée dans sa façon de présenter la place de l'Eglise au Maroc et le sens de l'inter-religieux pour lui.

eveque Rabat

 

 

 

 

« Est-ce que nous pouvons faire un monde meilleur ? 

Est-ce que nous pouvons travailler pour les droits de l’Homme ?

Est-ce que nous pouvons travailler pour l’abolition du travail des enfants ?

Est-ce que nous pouvons travailler pour la promotion de la femme ?

Est-ce que nous pouvons travailler dans l’éducation et la santé ?

Est-ce que nous pouvons faire qu’il y ait plus de communion entre chrétiens et musulmans,

entre les hommes de l’Humanité ? Ah, alors tu travailles.

 

 

Et s’il y a quelqu’un qui vient au Maroc en tant que chrétien, en tant qu’Eglise

et ne comprend pas que notre mission est avec Tous les Marocains,

pas seulement avec les chrétiens étrangers, alors il n’a rien compris. (…) »   

 

Vivre Ensemble dessin

 

 

Le dialogue inter-religieux

Il a 4 niveaux :

Le dialogue de la Vie, de l’amitié, de la convivialité, du voisinage. Les étudiants subsahariens côtoient tous les jours à l’université des copains musulmans. Les entrepreneurs français qui viennent travailler au Maroc travaillent avec des Marocains. Après ils habitent dans un quartier où les 99 pour cent sont des musulmans. Alors ce dialogue de la vie concerne tous les chrétiens, tous les musulmans.

On peut le faire n’importe où, partout :

Vivre Ensemble ! Etablir des amitiés, établir des ponts. Ça c’est pour tous.

 

La dimension. Le travail pour les grandes causes de l’Humanité. Comme j’ai dit, l’éducation, la santé, les droits de l’Homme, la promotion de la femme,… Et là, pas tout le monde, mais beaucoup de musulmans, de chrétiens, d’athées, pour aider à progresser. (…) 

 

Ecoles catholiques

« Il y a un livre qu’on m’a donné quand je suis arrivé (dans l'établissement scolaire), dont le nom est « Notre projet éducatif ». Quand j’ai commencé à le lire, il n’y avait pas de citations de l’Evangile. Il n’y avait pas le mot Christ ou Jésus Christ, mais je lisais, et je me disais : « Ça c’est l’Evangile ! Ça c’est l’Evangile distillée ! » Et quand les musulmans le lisaient, ils répondaient : « Ça répond à notre religion ! »

C’est pas étonnant que ce soit comme ça, parce que ce projet éducatif est rédigé entre les directeurs catholiques (6 ou 7) et les directeurs musulmans des écoles catholiques (ils sont 10 au moins).

Alors le produit, c’est un produit distillé de dialogue inter-religieux.

C’est un projet éducatif qui devient chrétien et musulman dans le même temps.

Et qui nous permet de travailler pour l’éducation des enfants ensemble. 

 

La discussion théologique. Ça c’est déjà pour des experts, des groupes cultivés, des gens qui ont des inquiétudes et il y a des groupes, par exemple à Rabat il y a un groupe qui se réunit chaque mois, pas pour discuter, faire un débat, non, pour partager la foi que chacun a :

Par exemple : « Comment vous , vous priez ? » « Qu'est-ce que pour vous, la Vierge Marie ? » parce que les musulmans prient la Vierge Marie, "Comment vous fêtez l’Aïd al-Adha ? La fête du sacrifice ? Comment nous, nous fêtons Pâques ? » « Comment vous fêtez la Laylat al-Qadr ? La nuit de la descente du Coran qui se fait libre ? Et nous, la Parole de Dieu qui descend est se fait Homme, à Noël ? » « Comment vous percevez la personne humaine ? »

Dialoguer sur toutes ces choses, c’est une façon de faire un dialogue inter-religieux, qui est déjà un peu pour experts.

 

 

Réussir à prier ensemble. Ça, nous avons réussi à le faire quelques fois, avec certaines personnes. De prier, pendant une demi-heure, une heure, chacun à sa façon, avec des mots pris du Coran, pris de l’Evangile, et un peu mélangés et prier ensemble.

 

Alors vous voyez, quand on parle du dialogue inter-religieux, l’Eglise du Maroc est une Eglise qui s’engage à promouvoir ce dialogue au Maroc et ailleurs.

 

Des ponts

Je vous avais dit aussi le mot « pont ». Vous savez comment on dit le mot « pont en arabe ? » « Kantara » ! (…) Kenitra, ça veut dire petit pont.

Je pense que l’Eglise au Maroc et moi personnellement,

nous avons la vocation d’être un petit pont,

au moment où dans le monde,

il y a beaucoup de personnes intéressées à construire des murs,

des frontières, des fossés, des grilles qui séparent,

les personnes qui séparent les communautés et les peuples. Nous, nous sommes appelés à construire des ponts, pas des murs. (…)

Comment on appelle le Pape ? « Pontife » !

En latin, ça veut dire « Constructeur de ponts », « bâtisseur de pont ».

Donc chaque chrétien au Maroc, et partout, doit être un « Pontife »,

doit être un « bâtisseur de ponts ».

Entre qui ? Entre les chrétiens et les musulmans, entre les protestants et les catholiques, entre les noirs et les blancs, entre les jeunes et les vieux, entre l’Europe et l’Afrique, entre le Maroc et l’Espagne dans mon cas. Entre tous. Et ça c’est important de devenir un pont.

(...)

Un institut oeucuménique

Nous avons réussi de construire un institut œcuménique unique dans le monde, qui s’appelle « Al Mowafaqa », ça veut dire « L’entente », « l’accord ». C’est un institut où on étudie la théologie (…) Protestants et catholiques ensemble qui cherchent que ça fonctionne. (…)

Il y a des professeurs catholiques, protestants et musulmans ! Parce que c’est une théologie qu’on étudie au Maroc, dans un milieu musulman.

Alors il faut savoir qu’est-ce que le Coran, qu’est-ce qu’est l’islam, qu’est-ce que la prière en islam, etc… Il y a beaucoup de matières dans ce centre, du dialogue inter-religieux,…

Pour ceux qui ont déjà une licence ou quelque chose, il y a le certificat Al Mowafaqa, qui est une spécialisation en islamologie, qui dure  4 mois C’est très intéressant. Très intensif, où on étudie l’islamologie, le dialogue inter-religieux,…

On peut devenir prêtre, théologien, journaliste, médecin,… Des gens qui ont déjà un niveau universitaire.

Après il y a un séminaire d’islamologie  que je viens de faire, en juillet, 10 jours, c’est comme l’apéritif pour avoir envie de faire le certificat, pour apprendre. La première chose que j’ai dite, c’est

" Nous sommes des ignorants, au sujet de l’islam."

Nous pensons que nous connaissons l’islam, parce que nous savons qu’il y a 5 piliers et que nous réussissons à en dire trois ou quatre, Non, il y a beaucoup de choses à apprendre. (…)

Vous voyez la richesse qu’il y a dans l’Eglise au Maroc.

Insignifiante mais significative :

Eglise du dialogue inter-religieux, Eglise de rencontres, Eglise œcuménique, qui bâtit des ponts et nous pourrions continuer beaucoup de temps…